Est-on encore Français lorsque l’on vit à l’étranger ?

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Dans le cadre de la réflexion et de l’intérêt porté par la CISE aux Français bi ou plurinationaux et à leur problématique, voici une contribution de Céline Landes

Je ne suis pas binationale, mais dans un couple mixte, et notre fille, elle, l’est. Ce qui rend la question de savoir si un binational est bien Français encore plus saugrenue. Bien qu’encore très petite, elle est Française, Allemande, née au Japon, dans un jardin d’enfants anglo-japonais. Si elle était capable de répondre à la question « Est-ce que tu te sens Française ? » La réponse serait assez évidente : « Bien sûr que non, je suis Japonaise. Vois-ça avec maman ». Elle comprend très bien les quatre langues, mais clairement, ses langues dominantes sont les langues qu’elle pratique toute la journée, et qu’elle utilise avec ses amis. De la France, elle connaît deux vacances passées là-bas, des appels, et quelques amis sur place. Du français, c’est autre chose. C’est ma langue et c’es la langue avec laquelle je lui parle exclusivement. C’est aussi une part de culture que je transmets à travers moi, parce que c’est la culture dans laquelle j’ai grandi et qui a défini de nombreuses valeurs. Pourtant, me concernant, est-ce que je me sens Française ? Oui, bien sûr. C’est d’ailleurs ma carte d’identité quand je rencontre quelqu’un. « Tu viens d’où ? – De France. » Mais je ne suis plus Française comme je l’étais quand j’y vivais, ou comme ma famille et mes amis le sont encore aujourd’hui. Pour moi, je suis aussi Allemande, ou plutôt, je suis Française d’Allemagne, et aussi du Japon – Française au Japon – mais j’y vis en y parlant anglais – Française qui parle anglais. Française de France, plus trop, non. Je reste très attachée à ma culture, mais tous les autres pays dans lesquels j’ai vécu ont depuis déteint sur moi, et j’ai aussi oublié certains aspects de mon pays d’origine. Si tous ces pays étaient limités à l’Europe, je pourrais dire aisément « Je suis Européenne », ce qui est vrai, mais on a bougé un peu trop loin pour se limiter à ça. Pourtant il y a bien une chose essentielle pour moi : la langue. Je n’ai pas choisi d’adopter une deuxième nationalité car ma langue reste le français. Je ne m’identifie pas dans les autres langues, car je n’en maîtrise pas toutes les nuances et j’ai toujours l’impression d’en parler une version plus médiocre. Ce n’est pas la relation que j’ai à ma langue (mais c’est peut-être l’ancienne étudiante littéraire devenue prof de français qui parle). A l’inverse, bien qu’il me soit inconcevable de parler une autre langue que la mienne à ma fille, je garde une souplesse dans la langue avec laquelle elle choisit de me répondre. Elle n’est pas que Française. Mais elle doit pouvoir avoir ce choix de l’être, aussi. La moitié de sa famille vient de là, et si je souhaite qu’elle puisse établir une relation avec elle, elle doit parler la langue.

Je n’ai jamais enseigné dans les réseaux des écoles françaises. J’ai toujours enseigné dans des écoles locales, étant « la Française » de chaque établissement. Et c’est finalement à cela que je m’identifie peut-être le plus. La France n’est pas limitée à une bureaucratie, des structures scolaires, des soubresauts politiques, ou sa cuisine. Elle vit à travers tous les Français qui parcourent le monde. Je ne m’associe plus beaucoup à la Française de France, par comparaison avec ceux qui y vivent à plein temps. En revanche, je suis à chaque fois Française de quelque part.

Céline Landes

Décembre 2026

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