Pacifisme niais ou d’avant-garde ?

le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage

Se préparer à la guerre ?

          En réfléchissant sur le narratif qui monte, je réalise combien la guerre et la violence sont liés à une vision du monde et de son histoire qui a partie liée avec des structures économiques de domination dont le capitalisme est le dernier avatar.

          Nous sommes invités par notre chef de l’État, Emmanuel Macron à rentrer dans une « économie de guerre », à réorienter des budgets nationaux vers l’armement et préparer une défense européenne. Malgré un gros déficit national et un service public français en souffrance. Trump en a remis une couche avec son exigence de 5 % du PIB des pays membres de l’Union Européenne à verser à l’OTAN.

Une historiographie faussée

          Si je regarde avec un peu de profondeur historique, il me semble que les récits nationaux nous ont habitués à considérer que les victoires et le développement de nos sociétés sont acquis par la force militaire. Qu’une bataille se termine par la défaite de l’adversaire, et nous sommes rassurés sur notre identité, heureux d’être ce que nous sommes, soulagés d’avoir évité le pire : une domination. Un envahissement, un grand remplacement ?

          Or il semble que c’est le contraire qu’il faudrait enseigner et défendre : le progrès de nos sociétés ne vient pas de la force militaire, mais de la lutte pacifique, du courage militant non-violent et de longs mais tenaces processus de réconciliation.

Des exemples oubliés ou trop peu mis en avant:

          Au XIIIe siècle, Frédéric II de Sicile s’oppose au Pape sur la croisade et refuse de la conduire violemment. Il obtient pacifiquement de Malik Al Kamil (rencontré quelques années auparavant par l’entremise de François d’Assise) de pouvoir se rendre en pèlerinage à Jérusalem. Il est à l’origine d’un renouveau intellectuel au XIIe siècle, lié à des traductions, à des redécouvertes latines classiques et à un soutien aux sciences et aux arts méditerrannéens.

          Au milieu du XXe siècle, le Mahatma Gandhi obtint l’indépendance de l’Inde par une pression morale sur la conscience britannique, un combat politique tenace et une stratégie non-violente déterminée et courageuse.

          Dans les dernières années du XXe siècle, l’après-génocide Tutsi a vu la mise en place de structures juridiques « Vérité et réconciliation » visant la reconstruction de l’identié rwandaise et le refus du piège de la vengeance.

          De même, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud n’a pas été gagnée par les armes mais par des sanctions internationales, le boycot de produits bien ciblés et le courage d’un homme, Nelson Mandela.

          Tout un discours défend l’idée selon laquelle la préparation de la guerre crée de l’emploi, développe l’intelligence, stimule l’économie. C’est bien connu : pour créer des armes, il faut de la matière grise, pour les fabriquer des usines et c’est le budget militaire qui dope la croissance !

          Or, par exemple, la lecture froide et lucide de la première guerre mondiale par Rosa Luxembourg montre l’implication de grandes firmes allemandes dans le retournement de l’opinion et du Bundesrat. Il en fut de même pour la seconde guerre mondiale.

Il faut donc s’opposer à la guerre

          Bien sûr, le souvenir de Münich est ravivé, le pacifisme naïf est invoqué, des contre-exemples historiques sont déployés en vue de dissuader cette résistance pourtant nécessaire. L’ennemi est désigné « Poutine va nous envahir ».

 Vivre à l’étranger peut nous inviter à serrer les rangs et marcher au pas. Il se trouve que cela permet surtout de prendre de la distance avec des discours qui n’ont que trop conduit à des impasses, à des oppositions artificielles, à des dépenses inutiles et inhumaines. Vive la solidarité, écologique et pacifique, source de progrès !

Pascal AUDE

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