Le problème n’est pas Trump

En ces temps incertains, l’espoir placé en Joe Biden risque de laisser la place à l’amertume si Trump arrive à se maintenir au pouvoir voire à la désillusion si le candidat démocrate entre à la Maison Blanche.

Le problème n’est pas Trump. Il cristallise autour de lui des problèmes qui sont ailleurs. Les institutions américaines servent les intérêts d’une classe dominante. Du désintérêt pour la chose publique à la maîtrise des techniques de communication politique en passant par l’exploitation des réseaux et autres lobbies, Trump s’est servi du « système », jusque-là de manière légale, pour accéder au pouvoir. En ce sens, il a suivi un parcours qui n’est pas sans rappeler l’ascension spectaculaire de Macron. Ensuite, comment se fait-il qu’un social-nativiste ait pu capter les voies de l’électorat populaire ? Qui vote pour les démocrates ? Non pas les ouvriers, les employés ou les tous les déclassés de la société américaine mais les Américains qui sont allés à l’université. Autrement dit plus on est allé loin dans les études, plus on a de chances de voter démocrate. Ces électeurs ne sont pas nécessairement les meilleurs soutiens des classes défavorisées. Le programme des Démocrates s’en ressent. Comme l’a montré Piketty, ce phénomène n’est pas propre aux Etats-Unis. Il se retrouve dans toutes les démocraties.

L’un des vrais problèmes, sinon le plus important, c’est encore et toujours le partage des richesses. Le mois dernier, la US Federal Reserve a publié des chiffres qui laissent songeur. Les 50 plus grosses fortunes américaines détiennent un patrimoine équivalent à celui des 165 millions d’Américains les plus pauvres. Le problème n’est pas Trump, le principal problème des Etats-Unis, c’est celui du partage des richesses. Comment a-t-on pu en arriver là ? Peut-on imaginer voir la fin du tunnel ? Même l’élection de Biden laisserait peu d’espoir à ce propos.

William Gueraiche

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