Le 17 novembre 2018, 282000 personnes (Le Point) se réunissent sur les ronds-points dans toute la France et tentent de bloquer la circulation. Les nouvelles donnent comme motif la révolte contre la hausse programmée des carburants l’année suivante. Mon cousin chef de PME à Angoulême m’avait envoyé les nouvelles de là-bas dès le premier jour. Dans les jours qui ont suivi d’autres actions tendant à entraver la circulation comme le blocage des entrepôts d’essence ont eu lieu. Dès les premiers jours les motifs de la mobilisation se sont élargis au pouvoir d’achat, aux services, à la représentation démocratique et autre.

L’affaire qui rend singulière cette révolte est sa spontanéité au regard des personnes qui ont appelé à la mobilisation. En effet, elles n’étaient ni des syndicalistes, ni des politiciens, mais des gens on ne peut plus ordinaires. Et même s’il avait pu y avoir manipulation (de Poutine? De Trump? De Salvini?) la poudre était là.

La poudre, c’est le mélange détonnant d’une part de l’austérité, du chômage, de l’absence de perspective d’amélioration et pire, de la perspective d’aggravation du niveau de vie pour la majorité des Français, l’attaque sur le droit du travail, le démantèlement de l’état-providence, et d’autre part encore des allègements d’impôt pour les sociétés, la suppression de l’ISF, et l’étincelle arrive avec son remplacement presque parfait par des prélèvements quasi obligatoires (taxe sur l’essence).

Et c’est l’explosion. Une explosion ça fait toujours des dégâts, et les dégradations de l’arc de Triomphe sont finalement peu de choses au regard de ce que l’élite au pouvoir craignait. Car elle se sentait morveuse l’ « élite ». Elle a eu peur au point de lancer sur les Gilets Jaunes la Brigade Anti Criminalité, qui nettoyait les banlieues au Kärcher, pardon, au LBD. Elle a justifé les 25 yeux crevés des manifestants par le fait qu’ils n’avaient qu’à pas être dans la trajectoire des balles en caoutchouc. En effet, sur un échantillon de 519 impacts, 55% sont sur la tête (David Dufresne, d’après Mediapart, avant le 21 mai 2019), le LBD est curieusement attiré par une partie du corps qui fait 12,5% du reste. Cela fait 4 fois plus que le simple hasard.

Mais malgré la répression violente (plus de 2000 blessés et des centaines d’emprisonnés) qui a choqué des gens pas du tout habitués à manifester, contrairement aux Black Blocks pour qui ça fait partie du sport, le mouvement a duré jusqu’à maintenant et il est appelé à durer encore, même si le pouvoir a réussi à intimider la majorité des gens qui ne sont rien. Et cette durée est due en partie justement au choc de la répression. Autrement dit, entre le gouvernement et le peuple c’est comme si on avait joué au plus c…. Concernant le peuple on peut s’attendre à ce qu’il y en ait des c… , mais lorsque le gouvernement se conduit comme dans la cour de récré, lorsqu’il cherche à se maintenir uniquement par la terreur, utilisant la force publique et l’appareil judiciaire, alors il y a automatiquement délégitimation de son pouvoir. Car oui, l’Etat est synonyme de violence, mais si sa violence protège une minorité, alors elle n’est plus légitime.

Plusieurs dizaines de pays ont fait l’expérience de tentatives de reprise de cette idée, initialement liée à une taxation jugée abusive, voire non équitable (https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_Gilets_jaunes_dans_le_monde). Pour les plus consistants : la Belgique, la Catalogne, l’Italie, l’Irlande, le Canada, l’Irak, le Maroc, Taïwan, la Tunisie, la Turquie, l’Egypte,..

Les fins de mois et du monde sont des sujets qui touchent le monde entier, à différents niveaux suivant leur profession, leur lieu de vie, etc.. Le prolétariat du XIXème siècle ne correspond plus à celui d’aujourd’hui, éclaté en de multiples sous-groupes, avec des intérêts et un patronat différents. Dans le monde, le salariat a diffusé (92% de la population active en France) et cohabite avec le secteur informel, qui correspond en partie au “lumpen prolétariat” décrit par Marx. Ce qui les réunit passe notamment par l’état des services publics, les impôts ou taxes qu’ils paient, la crise écologique.

Gageons que les F.E. seront des témoins privilégiés, voire pour certains des acteurs de ces nouvelles thématiques, convergences sociales et violences étatiques dans le monde.

Frédéric Bendali et Vincent Buard

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