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LA FRANCE VUE DE L’ETRANGER, D’AFRIQUE ET D’ASIE

Après 26 ans en missions humanitaires dans 16 pays différents – 13 en Afrique noire, 3 en Asie du Sud-Est ou Moyen-Orient, pour 22 projets différents, la plupart en zone rurale ou semi-rurale- les échos des prises de parole se font plus lointains à mes oreilles.

Pour autant, leurs points communs renforcent ces échos entre eux, palliant au temps qui n’efface pas tout et à la trop grande multitude de visages exprimés, dont certains restent gravés.

Les circonstances de l’action humanitaire font que les interlocuteurs sont nos bénéficiaires directs ; ou indirects comme le personnel soignant et administratif avec qui nous travaillons. Leur discours, bref en général, en est donc biaisé, en arrivant à adoucir les critiques de la France.

Mais il a le mérite d’exister, d’autant que rares sont les articles de presse relatant ces impressions chez des africains ou asiatiques non urbains.

La France ? Un pays riche, pour tous. Des routes sans trous (en réalité simplement moins cabossées !), des services publics qui fonctionnent très bien. Une éducation primaire et secondaire gratuite et quasiment pour l’université (plus pour longtemps) qui parait parfois incroyable, paradisiaque à de nombreux interlocuteurs. En République Démocratique du Congo par exemple, même le primaire du secteur public est payant de fait et représente déjà un barrage pour de nombreuses familles. Alors que l’un des principaux ressorts de l’espoir des adultes, partout dans le monde, est celui de l’éducation, pour que leurs enfants réussissent mieux.

Une santé de haut niveau et très accessible à la grande majorité. Là encore, les yeux s’ouvrent grand, parfois avec la bouche devant cette association de qualité et d’accessibilité.

Un Etat de droit, où la liberté d’expression peut aller jusqu’à critiquer publiquement ses gouvernants. Au Kurdistan Irakien, en Thaïlande, cela ressemblait parfois à un rêve, souhaitable ou dangereux selon les interlocuteurs…

Une libération des mœurs qui amuse souvent : D.S.K., Macron et son ancienne professeure de français, …

L’hospitalité de la France ? Beaucoup moins évoquée, souvent en regrettant qu’elle soit si limitée. Son action diplomatique dans le monde ? Pratiquement invisible, sauf dans les pays francophones où elle était louée pour son apport économique ou critiquée pour son côté « Françafrique ». Son suivisme atlantiste était parfois évoqué, jamais en bien. Son histoire émancipatrice des XVIIIème et XIXème siècles ? Elle n’intéressait que les intellectuels. La francophonie ? Quel intérêt avait-elle au vu des points qui précèdent ?

Cela faisait penser à cette réplique de Jean Ferrat dans la chanson « Ma France » où il s’adressait à la bourgeoisie réactionnaire : « Celle dont vous usurpez le prestige ! ». Oui, ce prestige s’est évaporé, parfois jusqu’à la nausée avec la contradiction, pourtant usée jusqu’à la corde, entre les discours se référant à la France des droits de l’homme (celle de 1789 pour le monde entier) et ses multiples abus simultanés dans le monde, commis par la droite et la gauche réformiste jusqu’à nos jours.

Ce qui reste de l’aura de la France est déjà menacé : sa santé, son éducation, ses autres services publics. Nous tombons de plus en plus bas, pour enrichir une petite minorité. Jusqu’où ira le désintérêt pour ce que la France a représenté dans le monde ?

A la C.I.S.E., nous avons aussi fait le lien entre le ressenti à l’étranger et la situation en France. Nous visons à remettre à l’ordre du jour dans l’hexagone la primauté du vivant sur le marchand, les idées de partage des richesses, par aide indirecte (services publics) ou directe (allocations), de respect de la nature (idée dont on peut s’étonner que nos gouvernants la négligent alors que c’est notre tombe qui se creuse), de respect de l’Autre par une plus grande empathie, des différences qui enrichissent, pour davantage d’ouverture des frontières,..

Au Mozambique, pays le plus pauvre du monde avec le Malawi dans les années 90, l’essentiel de la population, sortant de plus de 25 années de guerre, vêtue quotidiennement de haillons, avait coutume de dire, face à ses problèmes : « A luta continua » (la lutte continue , comme la vie). N’avaient-ils pas raison ?

Comme eux, à la C.I.S.E. nous allons lutter pour la vie, dans toutes ses dimensions.

Cette rubrique La France vue de l’étranger est un hommage à ces hommes, femmes et enfants que nous croisons, connaissons et qui nous apportent une aide précieuse pour mieux connaitre notre propre pays.

Vincent Buard Mai 2019

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