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CHILI, LE RETOUR DU BALANCIER

19 décembre 2021 : Gabriel Boric, candidat de la gauche aux présidentielles, 35 ans, ancien leader étudiant des grèves de 2011qui demandait la gratuité de l’éducation jusqu’à l’université, un système de retraite par répartition, une santé accessible aux plus modestes, le retour d’un secteur public fort, l’imposition substantielle des plus riches, la lutte contre le changement climatique, le respect des minorités ; en somme le rejet du consensus néo-libéral de la quasi-totalité des députés. Il est élu président de la République avec 56% des voix.

Le président Allende avait payé le même espoir de sa vie lors du “golpe” de 1973, un an avant des élections législatives qu’il pouvait remporter une fois de plus.

En cette période de keynésianisme omniprésent, les “Chicago boys”, économistes ultra-libéraux de Chicago, furent appelés au chevet de la dictature à peine installée. Le Chili devint alors le cobaye de l’ultra-libéralisme mondial : démantèlement du secteur public, système de retraite par capitalisation, scolarité et santé payantes et difficiles d’accès pour une frange croissante de la population mais baisses d’impôts pour les plus aisés, …

Puis à la fin des années 70 suivit le “consensus de Washington”, idéologie ultra-libérale, s’imposant dans les cénacles internationaux : F.M.I., Banque Mondiale, O.C.D.E.

Même en Chine continentale, la question de l’association de l’ultra-libéralisme économique au despotisme eut gain de cause dès le début des années 90.

Cette évolution mondiale vit la consécration du “modèle chilien”.

En juin-septembre 2011, des marches étudiantes pour la gratuité de l’enseignement massives (150 000 personnes en septembre) et populaires (70% de soutien dans la population). Boric est alors président de la principale fédération étudiante du pays. Le doute sur l’hégémonie du néolibéralisme s’installe.

Octobre-Novembre 2019 : émeutes à Santiago en raison d’un ras-le-bol généralisé du coût de la vie pour la majorité de la population, qui voit une minorité s’enrichir sans scrupules. Début 2021 : Victoire de la gauche radicale à l’assemblée constituante, où elle devient majoritaire : Parti communiste et nombreux “indépendants”, issus des manifestations étudiantes de 2011 et des émeutes de 2020

Novembre 2021 : La droite et le centre reprennent 50% des sièges de députés à l’assemblée législative.

Décembre 2021 : Victoire de Boric, avec une forte participation électorale. Les quartiers pauvres sont cette fois revenus voter. “Si le Chili a été le berceau du néolibéralisme, il sera aussi son tombeau”, prédit-il.

Les deux assemblées élues vont probablement s’opposer, mais la droite a globalement perdu la bataille électorale de 2021. La gauche va faire face à des médias conservateurs, une bourgeoisie agressive et devra composer avec des partis centristes : P.S., Parti démocrate-chrétien, … Les mobilisations populaires seront son deuxième atout, qu’elle devra impérativement continuer à utiliser.

Des commentateurs de médias dominants s’étaient laissés aller à un nouveau fantasme : l’Amérique latine avait tourné la page du socialisme. La réalité vire au cauchemar pour eux.

Nous applaudissons la victoire de cette gauche chilienne, si symbolique pour ce continent. Macron, l’exemple de Pinera, peut s’en inquiéter.

La C.I.S.E. lutte pour la réciproque en France, qu’elle considère inéluctable.

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