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Le monde paysan et le libre-échange

le monde paysan et le libre échange

Lorsqu’on fait des études d’environnement pour des impacts d’activités ou des plans de gestion des milieux naturels , on ne peut pas faire l’impasse sur les gens qui ont façonné le paysage depuis des millénaires. L’universitaire est capable de comparer des résultats d’observation venus du monde entier et se faire une idée de la dynamique probable de tel ou tel champ. Mais jamais il ne saurait mieux que le paysan du coin ce qui se passe sur ce champ.

Les paysans sont nos indiens. Ils ont beau avoir acquis des tracteurs, utiliser des pesticides, des engrais, ils représentent notre seul lien fonctionnel qui nous reste avec la nature (hormis la mer). Ils ont été les premiers empoisonnés par les pesticides. Le développement de l’agriculture biologique doit tout aux paysans, anciens comme nouveaux. Sans eux, le paysage agricole français ressemblerait aux plaines argentines : Des surfaces immenses ensemencées en soja transgénique.

La dernière mobilisation des agriculteurs pour leur survie économique a révélé que ce mouvement est traversé par la faille entre ceux qui se considèrent paysans, comme les syndiqués de la Confédération Paysanne et les agro-businessmen. Ces derniers sont bien sûr les grands céréaliers mais aussi tous ceux qui sont motivés par le gain qu’ils réalisent à l’exportation ou bien à l’importation de produits bon marchés quitte à ce que ces produits soient issus de cultures destructrices des sols, de la biodiversité et de la santé des cultivateurs et des consommateurs. Les intérêts des uns et des autres sont diamétralement opposés. Mais même si les paysans essaient de suivre l’agro-business, leur majorité sera écartée du fait de la concurrence impitoyable de ce milieu.

Parti d’Allemagne fin 2023, où les agriculteurs se sont vus supprimer une subvention pour le gas-oil, leur mouvement de protestation a gagné la France sans coordination préalable, du fait de l’homogénéisation de leur situation. Il se poursuit maintenant dans beaucoup de pays de l’Union. Il ne fait pas de doute qu’ un certain antagonisme pourrait se révéler, surtout lorsque des agriculteurs français jettent sur le côté de la route des produits agricoles espagnols, mais il y a partout la même  revendication : lutter contre la concurrence des produits qui ne respectent pas les normes européennes.

Les dirigeants européens, comme le gouvernement français, n’ont retenu de leurs revendications que celle qui met en cause les normes et non l’opposition au libre marché des produits agricoles et de leurs intrants (semences, pesticides, engrais chimiques). Mais c’est là que se révèle de manière insolvable la contradiction entre écologie et libéralisme économique. l’Union Européenne doit choisir entre deux options : l’élimination du monde paysan, de ses connaissances, de son savoir-faire en tant qu’interface entre l’homme et la nature ou la protection de cette catégorie sociale et la fin du libre-échange des produits agricoles.

Cette dernière option obligerait à contrôler les marchandises qui entrent dans l’UE. L’ancienne Politique Agricole Commune (PAC) y veillait sans clauses écologiques mais elle protégeait l’agriculture européenne avec des taxes à l’importation et des subventions. Avec l’agenda ultralibéral, la nouvelle PAC supprime ces protections, entrant en contradiction avec les normes de qualité écologiques et de bien-être animal.

 Ensuite afin d’éviter les conflits entre agriculteurs, il faudrait imposer les mêmes normes à l’intérieur de l’UE, ce qui impliquerait un processus d’uniformisation des revenus.  La révolte des agriculteurs met donc l’Union Européenne devant un dilemme existentiel : l’abandon de l’ultralibéralisme ou le risque d’éclatement.

La CISE soutient une agriculture écologique au service des populations et s’oppose à la recherche effrénée de profits d’une minorité,au détriment des peuples et de la nature.

Frédéric Bendali et Vincent Buard

14 février 2024

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